Biennale de Lyon, Rendez-vous Jeune création internationale
Biennale de Lyon, Rendez-vous Jeune création internationale

Musée CAFA (China Central Academy of Fine Arts), Pékin (CN), 2017


Texte extrait du catalogue de l’exposition Rendez-vous, Biennale de Lyon 2015 :

Chez Ruth Cornelisse, il y a d’abord un regard; celui qu’elle porte sur le monde qui l’environne par le prisme d’une culture personnelle nourrie de mythes, de peintures, de cinéma et de poésie. Les images qu’elle nous présente sont le résultat d’un processus d’observation au cours duquel la photographe alterne entre activité dans le quotidien et passivité de la contemplation. En léger décalage par rapport à l’action, elle prend le recul nécessaire à la prise de vue, jaugeant la distance du point de vue, au regard de sa relation avec le modèle. Mais contrairement à des photographes aux modes opératoires proches du photojournalisme, Ruth Cornelisse ne renseigne jamais le contexte de ses images qui restent “flottantes”.
Souvent, les personnages photographiés sont des proches, des connaissances, mais aucune indications dans les titres, aucun indice interne à l’image ne nous donne le moindre élément pour entrevoir la nature de leurs relations. Car là n’est pas le propos; contrairement à une photographe comme Nan Goldin dont la démarche est proche de l’album de famille, Ruth Cornelisse joue de la polyvalence des images et de l’intemporalité de la mémoire.
De ses photographies surgissent alors d’autres images, se superposant à l’instant photographié comme les fantômes imaginaires de ces figures capturées sur le vif, sans mise en scène. C’est en ce sens qu’elle reprend à son compte une déclaration d’Henri Cartier-Bresson parlant de mythologie grecque et du paganisme : “On les rencontre dans la vie de tous les jours ces dieux-là.” Pas étonnant donc, que la métamorphose soit un leitmotiv dans la démarche de l’artiste et Les Métamorphoses d’Ovide une référence omniprésente. Métamorphose d’un instant arraché au cours des choses en un moment d’intensité, condensateur d’images; métamorphose aussi lorsqu'elle passe de l'image à la sculpture, au dessin ou à l'installation comme en témoigne l'œuvre Achille et Cygnus. Par un jeu formel et gestuel où le cou d'un cygne photographié et une branche de noisetier pliée se font écho, l'artiste évoque la véhémence du héros mythologique Achille lors de son combat avec Cygnus.

Pour Rendez-vous|15, Ruth Cornelisse semble vouloir nous donner une indication supplémentaire : la durée ; comme si l'intemporalité de ses images ne remettait pas en question la métamorphose de ses modèles en proie au règne de la biologie. Ainsi, un enfant devenu adolescent apparaît sur deux images exposées à proximité l'une de l'autre.

Texte d'Antoine Huet


Photographer Ruth Cornelisse’s work is first and foremost a gaze: the gaze she brings to bear on the world around her through the prism of a personal culture fuelled by myth, painting, cinema and poetry. The images she presents are outcome of a process of observation which has her alternating the activity of the everyday with the passivity of contemplation.Slightly detached from what is happening, she brings the necessary objectivity to the photographic act, carefully calculating distance and point of view in relation on her subject. But contrary to those photographers whose modus operandi is close to photojournalism, she never provides the context of images that are left to remain “free-floating”.
The people she photographs are often friends, relatives or acquaintances, but there is nothing in the titles, no clue in the images themselves, to give any glimpse of the nature of the relationship. Relationships, anyways, are not the point: unlike a photographer like Nan Goldin, whose approach is reminiscent of the family album, Ruth Cornelisse plays on the polyvalence of images and the timelessness of memory.
Thus there emerge other images, bluntly overlaid on the photographed moment like imaginary ghosts of these figures caught on the fly. This explains her retort to a remark by Henri Cartier-Bresson: “We encounter those gods right here in everyday life”. It is hardly surprising, then, that metamorphosis is a leitmotif in her approach and Ovid’s Métamorphoses an omnipresent point of reference. Metamorphosis of a moment wrenched from the course of events, in a moment of intensity that precipitates images; metamorphosis, too, when in works like Achilles and Cygnus, she moves from image to sculpture, drawing or installation. In the formal, gestural interplay of the neck of a photographed swan echoed by the curve of a hazelnut branch, the artist conjures up all the passion of the mythological hero Achilles in his battle with Cygnus.
For Render-Vous 15 Ruth Cornelisse seems to be trying to offer an additional pointer-duration as if the timelessness of her images is not calling into question the metamorphosis of subjects bound by the rule of biology. This is why a child grown to be a teenager appears in two pictures displayed close to each other.

Antoine Huet Text extracts from the catalog of the exhibition Rendez-vous, Biennale de Lyon 2015.

Crédits photos : Emile Ouroumov